Un jardin du désespoir

Pour changer de thématique… cela fait du bien parfois. Il y a quelques jours, alors que je passais dans l’Essonne, j’ai fait un petit détour à l’ouest d’Arpajon pour visiter un lieu insolite : un jardin de Fontenay-lès-Briis. Quel peut être l’intérêt d’un tel détour, me demanderez-vous ? C’est que ce jardin-là sort un peut des sentiers battus : on l’appelle le champ des divinités païennes. Il paraît que c’était auparavant le jardin du curé; mais la liberté de l’artiste l’a voulu résolument païen, et l’a peuplé de divinités barbares et violentes comme l’est la vie, inquiétantes comme la nuit, tragiques comme la guerre. C’est ainsi qu’on y trouve des statues de fer, bravant pluie et tempêtes, qui sont comme un défi permanent au ciel. Lambeaux de ferraille noire, elles imposent leur terrifiante beauté à la prairie environnante. Une vingtaine de statues sont là, dédiées aux forces primitives, forgées intuitivement par le maître forgeron, Robert Lelagadec, un ancien commando qui voulait laisser une trace de métal derrière lui. L’artiste s’en est allé en 2002, mais ses idoles sont restées, criant leur désespoir. Par exemple, la plus grande, Clameur, qui n’est que souffrance d’homme, le sexe dressé, les bras écartés, sans que l’on sache vraiment s’il est animal ou humain. Ou encore, l’albatros rivé au sol et qui crache son désir de vengeance alors que d’autres créatures à queue de serpent offrent leurs corps déchiquetés à nos regards de « petit homme » enlisé dans la banalité du quotidien. Ce qui m’a marqué en observant ces statues, c’est que femmes et hommes sont toujours seuls, désespérément seuls. Leur créateur les a voulus ainsi, peut-être à son image de visionnaire anarchiste : « Toi, l’artiste, n’accepte plus d’être légiféré par les poncifs enculturés qui n’ont ni le titre ni la vertu de juger la créativité, mais que la compassion du maître pour le vagabond que tu es. » Comme vous l’aurez sans doute compris, l’indomptable artiste breton revendiquait fort sa différence et affirmait sa méfiance envers l’art établi, son imaginaire n’admettant aucune frontière. Le mystère de ses statues déchirées, nées de ses errances mentales, reste en tout cas entier. Mais la découverte vaut largement le détour, si vous passez un jour du côté d’Arpajon. J’avais découvert l’existence de ce jardin sur un site web consacré aux voyages insolites. Si vous êtes à court d’idées pour votre prochain voyage, je vous recommande d’y jeter un oeil. On y trouve de tout (mais alors, vraiment de tout !) >> voyage insolite

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28. août 2015 par admin
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